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Sylvie Verheyde : "Stella c'est moi"

Sylvie Verheyde évoque sa propre enfance, les déménagements, l'inadaptation et la solitude, événements fondateurs de l'identité de Stella. Retour dans une certaine France des années 70, entre les arrières-cuisines des tristes cafés et les prestigieux collèges parisiens.

Quelle a été l’origine de Stella ?

Stella s’est construit autour de mes souvenirs d’enfance, et particulièrement de mon entrée en sixième, en 1977. Le désir d’en faire un film est là depuis longtemps. Mais c’est l’entrée en 6ème de mon fils, il y a quatre ans, qui en a déclenché l’écriture. A ce moment-là, le débat sur l’école était assez vif : autorité, mixité, le voile, l’école comme ascenseur social etc., tout cela me renvoyait à ma propre vision de l’école et du lycée. Un lycée auquel je me suis accrochée malgré les nombreux déménagements de mes parents, et qui a été mon seul repère, mon seul point d’ancrage durant mon adolescence. J’ai eu envie de témoigner de cette chance qui m’a été donnée.

Vous revendiquez le caractère autobiographique de Stella ?

Oui. Comme Stella, j’ai grandi dans un café ouvrier, un monde dur, violent, loin de l’enfance. Comme elle, j’ai été catapultée dans un lycée parisien de renommée et, comme elle, j’ai débarqué, seule, avec mon ballon de football sous le bras. Comme elle, j’ai craché sur un garçon à la récréation et, dès le premier soir, je suis rentrée chez moi avec un oeil au beurre noir !

Stella , c’est aussi Léora Barbara. Comment s’est fait votre choix ?

Je voulais dépasser la chronique, être dans la fiction, à hauteur d’une petite fille. Je cherchais une héroïne, et j’ai rencontré Léora dès la première semaine de casting. Elle est venue déterminée, fragile et mystérieuse à la fois.

Elle n’avait jamais fait de film, je lui ai fait confiance. Sur le plateau, on se parlait peu, je lui donnais peu d’indications, on se comprenait. Elle y a mis toutes ses forces, et il en fallait, le tournage ayant été un peu rude. Elle m'a beaucoup aidée, et plus je la filmais, plus cette histoire devenait la sienne.

La voix off qui accompagne Stella, est-elle la vôtre ?

Oui, au départ c’était une voix d’adulte écrite au passé : la mienne. Elle a facilité l’élaboration du scénario. Une manière pour moi de prendre de la distance et d’y mettre de l’humour… Une forme de pudeur. Elle structure le récit sans vraiment tenir compte d’une chronologie rigide. Elle permet de faire surgir les évènements de plein fouet, de manière chaotique, comme un enfant les reçoit. Elle permet aussi d’aller à l’essentiel. J’ai fini par la penser au présent, et elle est peu à peu devenue la voix de Stella.

Votre film confronte des mondes très différents, entre le café et l’école. Comment avez-vous abordé ces deux univers ?

Les scènes de café, c’était mon angoisse majeure. Quand vous grandissez dans un café, tous les cafés sont un peu votre maison. Vous en connaissez chaque odeur et chaque bruit. Du coup, au cinéma, rien ne m’horripile davantage que la scène de café ratée. La vie du café est d’abord celle de Sergio et Rosy, les parents de Stella, et de leurs clients, surtout des habitués.

La mère, c’est Karole Rocher, Stella est notre troisième film ensemble. Nous venons toutes les deux du même milieu. Comme moi, elle a été serveuse et connaît parfaitement les gestes, les intonations…

Le père, c’est Benjamin Biolay. Au départ, l’idée paraissait un peu étrange, surtout à mon producteur. Mais, j’étais sûre de moi. On venait de faire une fiction pour ARTE ensemble et il m’avait vraiment impressionnée. Ils forment un couple séduisant, « vedettes » de leur monde.

Quant aux habitués, les clients, les amis, il a fallu recréer une bande, un cocktail de gens très différents, des acteurs et des non professionnels, qui puissent s’entendre et sur lesquels je puisse compter pour faire vivre le café. Ca m’a permis, comme nous avions peu de moyens, de tourner d’une manière très libre, sans répétition, caméra à l’épaule. Pour l’école au contraire, la caméra est plutôt fixe, c’est un monde avec des règles, mais aussi ouvert sur l’extérieur, avec des plans plutôt larges, et plus composés. Comme j’avais un peu peur de m’ennuyer à l’école, j’ai fait appel à des acteurs susceptibles de me surprendre. Il y a aussi des non acteurs, un vrai prof, une vraie directrice… Je ne voulais pas commettre d’impair.

Au fond, Stella est aussi peu à sa place au café qu’à l’école…

Oui, si on veut. Ce qui est sûr, c’est que l’école constitue un monde dont elle n’a pas les codes. D’ailleurs je me suis longtemps demandé comment rendre compte de son manque de culture. Il me semble qu’avec sa réflexion sur les camps, tout est dit.

Quant au café, même si c’est chez elle, ce n’est pas vraiment une place pour une petite fille. C’est d’ailleurs un lieu où il n’y a pas la place d’être un enfant. Au point même que parfois les rôles s’inversent. Quand Stella rentre de l’école, les adultes font une bataille d’eau, comme des enfants.

Pareil quand Stella va chez sa grand-mère dans le Nord, même si elle y passe toutes ses vacances, et qu’elle y a sa seule amie, elle n’est pas intégrée, elle est « la parisienne ». Si au lycée, elle est la pauvre, là, dans le Nord, elle devient la riche.

Elle se trouve petit à petit une place quand quelqu’un commence à l’écouter : Gladys. Avec Gladys, Stella découvre un autre monde, finalement pas si loin de chez elle. Un monde auquel elle n’avait pas accès, auquel elle n’avait même pas rêvé. Et surtout, elle va découvrir les mots. Les mots qui lui manquent. D’abord ceux des autres : la littérature, les belles choses qui aident à vivre, les mots qui disent les sentiments. Et petit à petit, ses mots à elle.

Les personnages d’adultes ne sont pas particulièrement épargnés, mais votre regard reste tendre.

A part le personnage de Bubu, c’est sans doute vrai. Si la vie est dure, elle n’est pas dure que pour Stella. En ce sens, tous les adultes du film ont des excuses et l’envie de mieux faire, même si, pour la plupart, ils n’y arrivent pas vraiment. Les parents de Stella, par exemple, ne sont pas des monstres. Ils ont des failles, des manques et des faiblesses mais se débattent avec la vie.

Mais surtout, le film porte la vision d’une enfant encore pleine d’espoir. Et puis, tous ces personnages, à part, encore une fois, celui de Bubu, sont vivants.

La musique tient une grande place dans le film. Notamment les tubes des années 70 y sont très présents. Qu’est-ce qui a décidé de leur utilisation et vos choix ?

La « variété » n’est pas qu’une illustration pour dire l’époque. Elle dit en priorité un milieu. Chez Gladys, c’est la bibliothèque qui trône dans le salon, chez Stella, dans son « salon », il y a un juke-box…

J’ai utilisé la « variété » au premier degré. Les émotions, la voix de Stella passent par les paroles des chansons de Sheila, de Daniel Guichard, de Gérard Lenormand, ou les mots de Bernard Lavilliers.

La musique suit l’évolution de Stella. Plus le film avance, plus elle est près des ses émotions et plus la musique originale prend de l’importance. Pour finir, la chanson du générique de fin. C’est ses mots à elle : « Je vais loin… Je suis loin… Je ne veux pas en rester là ».

Mais, c'est ma voix.

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