Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Tilly : "Les gens me disent : "Ah, ce que tu es méchant ! "...

Grand nom du théâtre, Tilly n'a réalisé qu'un seul film pour le cinéma. Il raconte comment ce Loin du brésil a fixé sur pellicule toute sa causticité.

Comment avez-vous eu l'envie de faire du cinéma après dix ans d'écriture et de mises en scène pour le théâtre?

La première chose que j'ai écrite c'était pour le cinéma. Il y a à peu près quinze ans, j'ai écrit un scénario, je l'ai présenté à l'Avance sur Recettes: je ne l'ai pas eue. Après j'ai travaillé avec Michel Hermon pour le théâtre et la chanson.Ma culture est plus cinématographique que théâtrale, mais les opportunités que j'ai eues étaient des propositions d'écriture, pas de réalisation.C'est venu tard en fait, j'aurais pu écrire des choses pour des gens, mais c'était pour des gens.

Vos personnages sont très forts...

Elle est quand même assez gratinée cette famille, il faut le dire. Il y a tout de même un côté 'bourge qui ne fait rien'. un peu fin de race, dans une maison qui est le reflet de notre société de riches décadents. Ce n'est pas le luxe, mais c'est très protégé.Sophie, par exemple, elle est imperméable. Ce qui peut toucher Sophie, c'est un échec dans le boulot: on lui dit: 'Ton reportage, c'est nul, hop, tu quittes TF1 et tu te retrouves à FR3 Picardie', là, c'est l'horreur!

Parlez nous de Juliette.

Juliette c'est un personnage qui est sorti tout droit de mon imagination. A dix huit ans elle est tombée amoureuse d'un homme riche de trente cinq ans, qui était la coqueluche de toute la région, le "Gary Cooper" de la Côte normande. Elle a épousé cet homme, et puis elle a eu cinq enfants. Que son mari la quitte, c'est une chose, mais qu'il parte avec sa soeur, ça laisse des traces.Cette femme aurait pu - elle n'avait pas de soucis d'argent - essayer de faire autre chose. Mais c'est quelqu'un qui ne s'occupe de rien, qui est très branché sur l'apparence physique. Elle s'est marginalisée dans la bourgeoisie, mais un peu comme un pétard mouillé, c'est assez triste. Elle aurait pu s'engager pour Amnesty International ou la Croix Rouge. Mais ça, ça lui passe complètement au dessus. C'est quelqu'un d'oisif, voilà quelque chose que je connais très bien. Ce personnage ne fait rien.

Dans ce que vous écrivez, chaque personnage est caractérisé par l'autre, c'est extrêmement précis.

C'est parce que je connais bien les personnages et que je sais comment ces gens fonctionnent entre eux. Il suffit de se mettre un peu en retrait et de les regarder. Je les observe vraiment.

Comment s'est fait le choix des acteurs?

Lentement. J'ai écrit certains des rôles en pensant à des comédiens précis avec lesquels j'avais déjà travaillé, comme Charlotte Clamens, Michèle Gleizer, Jérôme Chappatte ou Emmanuelle Riva. Pour les autres, c'est venu avec le temps. Alexandra Kazan par exemple, j'y pensais car quand j'écrivais, je la voyais tous les soirs à la télé!

Vous n'avez jamais eu envie de prendre des comédiens connus?

Non. A aucun moment. Pour moi, il y a une notion de famille qui compte. Les acteurs, c'est très important et plus encore, leur homogénéité.

Comment s'est fait le travail avec les comédiens?

Ça ne s'est pas fait. 11 n'y a pas eu de répétition, juste une lecture. Et c'était plutôt parce que j'avais envie, avant le tournage que tout le monde se rencontre. Faire visiter le décor, leur montrer à chacun leur chambre, leur parler un peu. Et puis c'est tout. La direction d'acteur, ça n'existe pas. Si on est obligé de diriger un acteur, c'est qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. En revanche, ce qui existe, c'est la mise en place. Des indications précises. On répète, mais sans les intentions, juste pour les places. Il faut jouer le moins possible jusqu'au moment de la prise.

Et le texte? Le cinéma permet une impro­visation...

Pour le texte, je suis intransigeant. lis n'ont pas intérêt à changer une virgule. Même pas un Oh ou un Ah en plus. Il faut que ce soit ce qui est écrit.

L'humour joue un rôle très important dans votre film...

Ça c'est moi, c'est ma nature. J'avais un grand père qui était très drôle et très observateur, il parlait à tout le monde. N'importe où où il allait, il n'était gêné par personne. Il se moquait toujours, très "gentillement". Les gens me disent: "Ah, ce que tu es méchant..." Mais c'est ce que je vois, naturellement pris au microscope, mais c'est choisi. C'est pour ça aussi que mes dialogues sont très concis, et s'ils ont l'air comme ça anodins, chaque mot est pesé. Quand je les écris je sais ce que je fais dire, je sais pourquoi : il y a toujours quelque chose après qui va revenir dans une phrase.

Oui, on a vraiment l'impression que le rythme du film, c'est le rythme des dialogues.

C'est instinctif, je respire mon film quand je l'écris. Je l'entends plus que je ne le vois. J'aime écrire les dialogues. Emmanuelle Riva une fois m'a dit: "Titi, j'ai dit: "Benoît, tu veux venir une minute" et c'est écrit "Tu veux bien venir une minute', c'est pas du tout la même chose". Et bien elle l'a refait au son, à l'intérieur du décor, elle a remis les mêmes chaussures, elle est allé au même endroit, elle l'a refait trois ou quatre fois et elle a dit: 'Voilà, celle-là c'est la bonne".

Il y a une géographie très précise à l'intérieur de la maison.

C'est très important qu'on la découvre à un moment donné. Je ne voulais pas qu'on la voit tout de suite. Ce territoire qui est au coeur même de leur enfance où tout s'est passé. Chaque chambre raconte une histoire, une personne. Le choix des choses, des couleurs, des tapisseries, des tissus, c'est important. C'est un tout.

Ça chante beaucoup dans Loin du brésil, on chantonne...

Moi j'aime beaucoup les chansons. Ça fait partie de notre quotidien. Je suis né avec le 45 tours, les électrophones. J'ai toujours aimé ça, plus que la musique classique. J'aime la variété.