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Harold Pinter/Joseph Losey : première !

Introduction

Avec "The Servant", le dramaturge anglais travaille pour la première fois avec le cinéaste américain. Leur collaboration est si étroite et si naturelle (un sous texte pour une sur-image) qu'elle fait naître par la suite deux autres chefs-d'oeuvres : "Accident" (1967) et "Le Messager" (1971, palme d'or au Festival de Cannes). "The Servant" marqua d'ailleurs si profondément les esprits par son atmosphère étiquetée "so british" que son réalisateur, Joseph Losey, se vit désormais considéré comme un cinéaste britannique typique alors qu'il était un pur Américain du Wisconsin.

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Lorsqu'il collabore avec Harold Pinter pour The Servant, Joseph Losey a 53 ans. Exilé de Hollywood par le maccarthysme, c'est un homme brisé. Il a tourné quelques films en Italie et en Angleterre, sous un pseudonyme. Il a eu la chance, en 1962, de se consacrer à un projet ambitieux et très personnel: Eva, avec Jeanne Moreau, mais le film est mutilé par les producteurs.

The Servant, qui est le premier scénario pour le cinéma écrit par Pinter, d'après un roman de Robin Maugham, lui permet de prendre sa revanche et de retrouver sa liberté. En apparence, une histoire simple: un jeune lord anglais, sous l'emprise de son valet, tombe dans la déchéance. Mais une histoire qui ouvre la porte à toutes les interprétations... Mythe faustien? Drame d'une homosexualité latente? Constat social de décadence ? Tout se passe de façon imperceptible. Le valet s'obstine à déplacer un vase de fleurs contre l'avis de son maître... et l'on perçoit que le serviteur manipule son entourage plus qu'il ne se soumet aux ordres. Après avoir été chassé, le valet retrouve son maître, à la fin du film, dans un pub. Séparés alors... par un pot de fleurs que Losey place dans son cadre, en contrepoint ironique à leur pitoyable échange de paroles.

Les images répondent à la subtilité des dialogues de Pinter, "peu nombreux, laconiques, précis". Grâce à Pinter, Losey peut affirmer qu'il est "de moins en moins concerné par l'intrigue d'un film et de plus en plus intéressé par le thème, les personnages, l'atmosphère. C'est ça que nous raconte ou devrait nous raconter une histoire".

Aux noirs et blancs inquiétants de The Servant succèdent, quatre ans plus tard, le vert trop vert des gazons anglais, la pierre grise des bâtiments d'Oxford, les reflets jaunâtres de l'eau sur laquelle glissent les barques. Dans Accident (1967), les couleurs sont à peine too much pour relever un peu la terne existence de ces Anglais respectables qui s'aperçoivent, trop tard, qu'ils sont passés à côté de la vie.

Comme pour The Servant, Pinter a supprimé dans son scénario le narrateur qui existait dans l'oeuvre originale. Losey, lui, se débarrasse de la scène qu'attend forcément le spectateur : dans Accident, on ne voit jamais l'accident, mais tout ce qui s'est passé avant et après. L'important, c'est ce qui se déroule entre les chocs d'une vie. Et Joseph Losey va devenir le peintre inspiré de ces failles invisibles, dont l'oeuvre est passée de la fable sociale du Garçon aux cheveux verts aux sommets que constituent Le Messager (palme d'or au festival de Cannes 1971, un film quasiment proustien) et Monsieur Klein (un pur chef-d'oeuvre).

Philippe Piazzo

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  • elPoto au sujet de : Le Voyage aux Pyrénées

      7/10

    Assez rigolo dans le genre loufoque mais aussi poétique et sensuel. Merci les frères Larrieu.