En présence d'un clown {Larmar och gör sig till}
Acteurs
Avec Börje Ahlstedt, Marie Richardson, Erland Josephson, Pernilla August, Anita Björk, Agneta EkmannerPitch
Actions utilisateurs
Voir la fiche technique
Acteurs :
- : Carl Akerblom
- : Pauline Thibault
- : Osvald Vogler
- : Karin Bergman
- : Anna Akerblom
- : Klovnen Rigmor
Equipe du film :
- : Ingmar Bergman
- : Ingmar Bergman
- : Tony Forsberg
- : Irene Wiklund
- : Magnus Berglid
- : Franz Schubert
- : Rasmus Rasmusson
- : Mette Möller
- : Sylvia Ingemarsson
- : Pia Ehrnvall
- : Måns Reuterswärd
- : SVT - Sveriges Television AB
Dates :
- : 03/11/10
Informations techniques :
- : Couleur
- : Long metrage
- : Suédois
Thèmes du film
Thèmes
Ils en parlent
-
L'Express
" ... ce long métrage synthétise tout le génie et les obsessions d'un auteur passionné de musique (ici la figure de Schubert plane au-dessus des esprits, fussent-ils dérangés !), de mise en scène (il y a le film, le film dans le film, le théâtre), et préoccupé par la notion d'enfermement, psychologique comme physique (...) Avec son clown, Bergman nous parle donc tout à la fois d'une naissance et d'une agonie. Dans ce drame aux allures de bateau ivre résistant à tous les naufrages, les hommes se demandent d'ailleurs s'ils sont en train de couler ou de s'élever. Enfin, soulignons une interprétation ad hoc et des dialogues diablement puissants qui obligent le spectateur à pénétrer toujours un peu plus dans le labyrinthe mental de ce chef-d'oeuvre ! Incroyablement stimulant. "
-
Critikat.com
" ... une nouvelle matérialisation du tourment bergmanien, celui de la dramaturgie face au pouvoir anesthésiant du moralisme puritain. Prenant cadre dans un local de la Ligue de Tempérance locale, cette histoire brinquebalante réaffirme une dernière fois pour Bergman la primeur du théâtre, de la vie (le cinématographe « vivant ») sur les forces de mort et des compromissions affectives. Bergman n’est pas un artiste blafard, il fait s’incarner une force vitale résistant au protestantisme mortifère.
Au-delà, se figure également l’aliénation dans une ardeur pathologique – Akerblöm voue un culte sans borne à Schubert auquel il s’identifie et s’étalonne – et dans une chimère destructrice l’éloignant progressivement de la vie. Le resserrement dans le dernier acte est à ce titre symptomatique, on quitte le trajet cahin-caha d’une troupe de théâtre-cinéma à un huis clos dans une chambre où deux êtres se tailladent au sein de leurs propres solitudes. L’image de la mort fréquente le film, à l’instar bien sûr du Septième Sceau, mais aussi de nombreuses œuvres, de Jeux d'été où une tête de mort se dessine derrière une vitre aux monochromes rouges de Cris et chuchotements et de Saraband.
On est là en terrain connu, ce clown fantasmatique qui rend visite à Akerblöm à l’asile et dont les apparitions glacées derrière un rideau ou un meuble ourdissent une présence sourde et implacable. Malgré cela, Akerblöm résiste et accomplit l’œuvre de sa vie, son accomplissement au crépuscule, son Voyage d’hiver - le leitmotiv de Schubert scandant le film et dont la composition précède de peu la mort du musicien. En présence d’un clown parle de la disparition et de la solitude mais il le fait avec le dynamisme de l’aventure, comme l’atteste le dernier plan, contrepoint du récit : quand l’action dépeint l’inexorable fin, l’image ouvre un possible. La mort de Bergman nous réserve encore quelques surprises."
-
Les Inrockuptibles
"... En présence d’un clown est un titre un peu traître. D’abord il nous fait croire que le film a un rapport avec le cirque alors que le clown (blanc) qui apparaît au personnage principal est simplement la Mort. En présence d’un clown signifie donc : en présence de la mort, mais là n’est pas réellement le sujet du film. Son titre suédois, Se pavaner, s’agiter, est tiré d’une citation de Macbeth : “La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite une heure sur la scène.” Le propos général, plus philosophique que morbide, est en même temps ludique. On y joue avec la mort, mais aussi avec la représentation ; avec le théâtre et le cinéma.
Comme dans nombre de ses œuvres, Bergman transpose ici en condensé une grande partie de sa vie et de sa carrière. Le héros, Carl Akerblom (Börje Ahlstedt), est une sorte de doux dingue, interné dans un établissement psychiatrique pour avoir battu sa fiancée, Pauline Thibault. L’idée de l’hôpital psychiatrique n’est pas anodine, car c’est dans un tel lieu, comme il le relate dans Ingmar Bergman Vie et labeur, entretien filmé de son ami Jörn Donner, que le cinéaste séjourna pendant trois semaines en 1976, à la suite d’une grave dépression causée par une accusation injustifiée de fraude fiscale.
Autre référence à la vie et l’œuvre du maître, le clown féminin qui apparaît à Akerblom dans sa chambre d’hôpital renvoie évidemment à la Mort joueuse d’échecs du Septième sceau, mais aussi au moment de son existence où le cinéaste, comme il le raconte dans l’entretien, tutoya la Faucheuse lors d’un coma postopératoire de huit heures. On est également tenté d’assimiler ce personnage allégorique qui hante Akerblom à celui de la dernière femme de Bergman, Ingrid homonyme de la célèbre actrice , disparue en 1995, dont le cinéaste dit sentir souvent la présence près de lui (...)
En dehors du jeu avec la mort et dans la mort, le cinéaste dynamite, avec un sens shakespearien du mélange des genres, l’image grave et dramatique qu’on lui associe immanquablement. Comme dans ses réalisations précédentes, on voit qu’il a dépassé les excès psychodramatiques de la fin des années 70 (style Scènes de la vie conjugale) et qu’aujourd’hui il amalgame sans vergogne la bouffonnerie et la philosophie. Quand ce fou lyrique et mélomane d’Akerblom rencontre à l’hôpital Osvald Vogler (Erland Josephson), un professeur à la retraite, les deux hommes s’en donnent à cœur joie. Ce sont deux gamins séniles et irresponsables qui abusent de la complaisance de leurs jeunes maîtresses. Bergman oppose la fantaisie et la créativité des hommes (les artistes) à la rigueur des femmes.
Cet autoportrait de l’artiste en vieux fou, cet éloge du désordre et de l’imagination, est plus concrètement la transposition d’un épisode de la saga familiale du cinéaste (...) Le vrai Carl était tout simplement son oncle préféré, un être farfelu qui, avec sa fiancée Pauline Thibault, lui donna le goût des images lors de séances de lanterne magique (d’où le titre des mémoires de Bergman, Læterna magica). Dans En présence d’un clown, Carl Akerblom imagine un procédé par lequel il va inventer le cinéma parlant le film se passe dans les années 20. La deuxième partie de l’histoire se déroule dans une salle paroissiale de village où Akerblom donne la première de son film intitulé La Joie de la fille de joie (sic), illustrant un épisode imaginaire des derniers jours de la vie de Schubert. Le clou du spectacle consiste dans la synchronisation en direct des dialogues du film muet par des acteurs cachés derrière l’écran.
D’une part, cela ramène Bergman à La Prison (1948), le premier de ses films dont il écrivit le scénario. On y trouvait comme dans le cas présent un film dans le film une pantomime burlesque où apparaissent déjà des allégories sarcastiques du diable et de la mort. D’autre part, la mixité du théâtre et du cinéma dans En présence d’un clown traduit la versatilité artistique de Bergman.
Ayant alterné régulièrement théâtre, cinéma et télévision durant toute sa vie, il n’établit pas de distinction absolue entre les trois modes de représentation. Certes, ici il laisse le dernier mot au théâtre : la projection révolutionnaire de La Joie de la fille de joie capote à cause d’un court-circuit, et les acteurs poursuivent le spectacle sous forme de pièce. Mais quand les acteurs décident de jouer live la suite du film, fiction et réalité s’entremêlent. Avisant le clown fatal dans la salle, Akerblom, qui incarne Schubert, s’arrête net au milieu d’une tirade, en proie à une crise de désespoir…
Les troubles réels des personnages deviennent la matière même du spectacle. “Pendant toute ma vie, explique Bergman à Jörn Donner, j’ai toujours gardé cette angoisse de ne pas réussir à rendre mon travail vivant.” Dans un sens, c’est cette obsession qui l’a poussé à faire entrer le plus possible sa vie et ses “démons” dans son œuvre."















Vous en parlez