Cris et chuchotements{Viskningar och rop}
Acteurs
Avec Harriet Andersson, Ingrid Thulin, Liv Ullmann, Erland Josephson, Kari Sylwan, Henning Moritzen, Georg Arlin, Inga Gill , Anders EkPitch
Voir la fiche technique
Acteurs :
- : Agnès
- : Karin
- : David
- : Anna
- : Joakim
- : Frederik
- : Tante Olga
- : Isak
Equipe du film :
Dates :
- : 20/09/73
Informations techniques :
- : Couleur
- : Long metrage
- : Suédois
Thèmes
Ils en parlent
-
Première
" Ce drame en chambre peut paraître austère. Il n'en est rien. (...) la proximité de la mort provoque de tels débordements de haine, de jalousie et aussi d'amour que le spectateur est pris aux tripes."
-
Télérama
" Personne ne sort indemne de la vision de ce film, sans doute le plus violent des coups de poing métaphysiques qu'Ingmar Bergman ait jamais donnés. Trois soeurs, trois couleurs (rouge sang, blanc cadavérique, noir ténébreux), trois unités spatio-temporelles (hier idyllique, aujourd'hui asphyxiant, demain fuyant) : pour affronter la mort à visage découvert, le cinéaste décline ad nauseam cette sainte trinité qui régit son éducation rigide de fils de pasteur. L'au-delà l'intéresse moins que l'ici-bas. Au cancer d'Agnès, qui la réduit à l'état d'animal rugissant, répond une autre forme de cancer, aussi spectaculaire et dévastatrice : le puritanisme de sa soeur Karin, pour qui la moindre caresse est une torture. Seul un retour aux sources, simple et innocent, offre le salut aux humains perdus. Sucer son pouce dans un rocking-chair en pensant à sa maison de poupées d'autrefois ou se lover contre le sein généreux d'une servante dévouée... La boucle est bouclée, le giron maternel devient en pensée le plus confortable des cercueils. Le secret de la beauté suffocante de ce film vient peut-être de cette volonté de clore un cycle, de vie, et aussi de cinéma. L'actrice Harriet Andersson mettait ici un point final à vingt ans de travail avec Ingmar Bergman. Après ses débuts de prolétaire sulfureuse et vibrante dans Monika, la voilà qui finissait en dépouille cireuse, le regard traversé d'éclairs de lucidité terminale, consciente du chemin parcouru..."
-
Ecran
" Il y a un an aujourd'hui que notre mère est morte ». C'est le début des Trois soeurs de Tchékhov. Ce pourrait être celui aussi de Cris et chuchotements. Ou presque.
Dans une de ces grandes demeures bourgeoises que l'on nomme en Suède «château » (tout comme dans la province française d'ailleurs) à la fin du XIXème siècle, une jeune femme émaciée écrit dans son journal intime : « c'est le matin et je souffre ». Une de ces nuits blanches de l'été suédois va bientôt éclater en une aube aux couleurs de Renoir. Agnès (Harriet Andersson) meurt (...) ses deux sœurs, Maria (...) sont venues près d'elle. Elles s'éveillent tandis que la servante, Anna commence à vaquer aux occupations du matin (...) Sans cesse, un chuchotement, dans leur conscience (et sur la piste sonore), ronge les trois sœurs comme le ver irréfutable dont parlait Valéry. Et Anna la bonne entend toujours les appels et les rires de la fillette qu'elle a perdue.
Voilà pour les chuchotements. Quant aux cris, ils sont proprement insoutenables (...)
... rugissement de Karen, la femme frigide qui (...) se barbouille ensuite le visage de sang. Comment ne pas penser alors à la longue scène muette par laquelle Ingmar Bergman avait imaginé de faire commencer sa mise en scène d'« Hedda Gabler », la pièce d'Ibsen. Devant un miroir, Hedda (que jouait à la scène Gertrud Fridh, que l'on a vue dans L'Heure du loup), lentement, portait ses mains de son bas-ventre à sa gorge, révélant ainsi l'horreur du sexe, la maternité redoutée, la nausée.
Nous voilà déjà bien loin de chez Tchékhov et combien près de l'enfer selon Strinberg. Plus encore : Bergman avait fait évoluer son « Hedda Gabler » dans un décor rouge, du rouge de « la Chambre rouge » de Strinberg. Et rouge aussi sont les images de Cris et chuchotements : rouge des décors, du sang et, sur le plan technique, des tondus.
L'auteur du Septième sceau, dans un entretien, s'est déclaré incapable de justifier, raisonnablement, la dominante rouge de Cris et chuchotements : « l'explication la plus banale est peut-être que tout simplement, viscéralement en quelque sorte, depuis l'enfance, je me suis toujours représenté l'âme comme une sorte de membrane rougeâtre ».
Est-ce à dire que nous retrouvons là le Bergman préoccupé de métaphysique, auquel il y a maintenant près de quinze ans, dans un pamphlet intitulé Regards sur le cinéma suédois (Visionen i svensk film) Bo Wideberg, qui n'était alors qu'un critique et pas encore le cinéaste d'Adalen 31, reprochait de ne s'intéresser qu'à l'homme dans ses rapports avec Dieu et non à l'homme en tant d'individu dans une société, de faire des « films en forme d'impasse ».
Car on ne dira jamais assez ce que la quête de Bergman et son œuvre ont d'excentrique dans la société Scandinave contemporaine à propos de laquelle Olle Holnberg écrivait en 1933 :« Notre génération est la première dans l'histoire à avoir tenté, de propos délibéré, de se passer de religion et de naviguer à la boussole plutôt que de marcher à l'étoile. ».
Ce que traduisait d'une façon plus agressive encore l'écrivain L. Nordstrom : « Dieu, c'est le travail de chaque jour et le combat contre la misère et les ténèbres ; les hommes du bateau-phare, ce sont des dieux ; le mécanicien de la locomotive, le scieur de long, ce sont des dieux... Celui qui regarde en l'air et y cherche Dieu est tout simplement un âne. »
Cependant, si dans Cris et chuchotements, Agnès est croyante ce n'est pas pour cela que ce film est sans doute le moins désespéré, quoique le plus atroce de l'auteur d' A travers le miroir.
Le ciel n'y est plus obstinément bas et gris comme dans Les Communiants, quand bien même le dieu reste encore caché. Certes, on peut rapprocher l'araignée monstrueuse qui menace la schizophrène d'A travers le miroir du cancer qui ronge Karen. Mais la véritable dimension du film n'est pas divine, elle est humaine.
Il faut comparer Les Sourires d'une nuit d'été à cette scène de Cris et chuchotements où Maria et Karen, enfin, se parlent, s'écoutent, se frôlent, se touchent dans une suite d'images enchaînées en spirale.
D'un côté, la sécheresse, les sourires figés en grimace ; de l'autre, une certaine tendresse. Bien sûr, ce sera encore l'échec. Les deux sœurs, un instant rapprochées, seront bientôt séparées par l'infranchissable barrière que l'on n'ose nommer. Mais surtout, lorsque Anna, la servante, prend dans ses bras le cadavre de la cancéreuse dont la tête repose sur ses genoux, c'est une Pieta que saisit la caméra de Sven Nykvist. Enfin une déchirure se produit dans l'univers opaque : l'amour d'un être pour un autre est peut-être possible. Dieu existe-t-il, se demandaient le Chevalier du Septième sceau, le pasteur des Communiants et, à travers eux, l'homme Bergman ne trouvait pas de réponse. Mais aujourd'hui, après le silence de Dieu, lorsque les chuchotements se sont tus, naît un espoir en l'homme."























Vous en parlez