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Anurag Kashyap : " Entrer dans un poste de police indien, c’est entrer dans une zone kafkaïenne"

Trois ans après sa fabuleuse fresque mafieuse Gangs of Wasseypur, le réalisateur indien nous plonge dans la bouillante et tentaculaire Bombay avec Ugly. Il y interroge les failles d'une société indienne patriarcale et corrompue. Un grand film noir.

L’histoire est-elle basée sur des faits réels ?

L’histoire est basée sur des faits et des cas réels,les personnages quant à eux sont inspirés de ce qui existe dans notre société patriarcale au sein de laquelle l’homme est toujours dans la domination, où il existe de nombreux cas de violence conjugale. J’ai voulu voir comment les femmes sont dépendantes des hommes dans notre société et comment cela pourrait évoluer. J’ai donc pris tous ces éléments pour en faire un mélange.

Comment définiriez-vous Shoumik Bose (l’inspecteur) ?

Shoumik fait partie de ce genre d’officiers de police à la fois stricte, honnête et très moralisateur. Il a par exemple des idées très arrêtées sur la façon dont les femmes doivent se comporter en société. Shoumik a grandi, comme beaucoup d’officiers de police, dans des régions où le système demeure très patriarcal. Ils vont être très bons dans tout ce qui concerne les examens et les enquêtes, mais leur approche des relations humaines demeure dans un principe très patriarcal, notamment avec les femmes. Quand on entend beaucoup de politiciens indiens parler des affaires de viols, on en apprend beaucoup sur la psyché du pays.

Les postes de police du film sont-ils représentatifs des postes de police indiens ?

C’est exactement comme dans le film. Entrer dans un poste de police indien, c’est entrer dans une zone kafkaïenne. Quand on entre dans un commissariat pour une déposition, on pose des questions et on y répond soi-même. C’est très étrange.

Comment est venue l’idée de la transe de Siddhant ?

À ce moment-là, j’ai voulu me lâcher, il y a là cette personne qui n’a vécu que pour cet instant et c’est tellement bref, c’est comme un orgasme, toute l’idée était de le filmer comme un orgasme, tout était si bref ! Si intense ! Et c’est fini…

Comment s’est déroulé le tournage ?

Nous avons tourné dans des endroits très confinés. Le tournage n’a pas été facile, il faut dire que je n’ai pas donné le script aux acteurs, ils m’ont fait confiance et je leur ai dit : « faisons comme un exercice de théâtre, vous venez tous les jours et je vous dis quoi et comment faire ». C’est ainsi que nous avons travaillé, les acteurs ne connaissaient pas le script.

 

Entretien réalisé par Pierre Martinet et Michel Tabet