Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Im Sang-Soo : " Ce pouvoir capable de contraindre les gens à courber l’échine sans se rebeller"

Cette plongée au cœur de la haute bourgeoisie coréenne, toujours plus avide de pouvoir et d'argent, permet à Im Sang-Soo de faire le doux portrait de notre société.

" Alors que nous nous retrouvons à Cannes, la course à la présidence est terminée en France. En Corée du Sud, les présidentielles auront lieu en décembre prochain. L’actuel président coréen a souvent été comparé à Silvio Berlusconi, car c’est un nanti qui avait promis aux Coréens de les rendre aussi riches que lui. Mais finalement, seuls ses amis intimes se sont enrichis, et la Corée s’enlise dans le marasme, entre chômage et conditions de travail abusives. Les Coréens, qu’ils soient riches ou pauvres, sont tous devenus obsédés par l’argent. C’est pourquoi le titre de ce film, L'Ivresse de L'Argent, a tout pour devenir emblématique de cette époque. En Corée, en tout cas.

Pour L'Ivresse de L'Argent, j’ai imaginé un beau jeune homme. C’est un homme ordinaire qui évolue dans une société cupide, et qui fait ce qu’il peut pour ne pas perdre pied dans les eaux boueuses de ce monde corrompu. On comprend rapidement que sans la beauté de l’amour, ce beau jeune homme n’existe pas vraiment. La femme dont il tombe amoureux se prénomme Nami. Elle est cette jeune fille aperçue dans The Housemaid, qui se montre courtoise envers son prochain, et qui a bien compris que respecter les personnes d’une classe inférieure était le vrai chemin de la noblesse du cœur. L’enfant d’alors a grandi.

J’attire votre attention sur la mission impossible de ce joli couple.

L'Ivresse de L'Argent, traite en fait de l’ivresse du pouvoir, un pouvoir capable de contraindre les gens à courber l’échine sans se rebeller. Certains sont complètement démunis en pareille situation, mais quelle satisfaction peut-on bien trouver à les piétiner de la sorte ? Mépriser ouvertement son prochain peut-il suffire à rendre quelqu’un heureux ?

Le monde court à sa perte à cause du mépris de ceux qui détiennent le pouvoir pour ceux qui en sont privés. Je pense par exemple à la domestique dans mon film précédent, The Housemaid, qui ne supporte plus ce mépris et qui décide de se suicider. Elle s’immole par le feu pour attaquer ses employeurs. Je voulais évoquer ainsi l’image des attentats suicides. Peut-être que tous les terroristes, et notamment ceux qui commettent des attentats suicides, ne supportent-ils plus le mépris et le dédain de ceux qui les entourent ?

Rares sont les personnes qui passent par de telles extrêmités pour se venger du mépris dont elles ont souffert. En général, nous parvenons à nous réfréner, même s’il faut parfois laisser libre cours à notre colère pour rester maîtres de nous-mêmes. Mais tant que ce problème de mépris, réel ou ressenti, ne sera pas résolu, le monde restera un lieu dangereux, et nos cœurs seront toujours plus meurtris, car il nous faudra refouler notre sentiment de culpabilité toujours plus profondément.

Avec L'Ivresse de L'Argent, je voulais retrouver les personnages classiques et le souffle épique des œuvres de Shakespeare ou Balzac. Pardonnez-moi d’invoquer ces grands noms, mais en toute honnêteté, ce sont les principales références que j’avais en tête pendant le travail préparatoire sur ce film.

Cette histoire, essentielle pour les Occidentaux, les Asiatiques pourront peut-être la faire fructifier, y ajouter un niveau de sens supplémentaire. C’est le genre de film que j’ai envie de voir, et je pense que c’est un film de son époque.

J’espère que vous savourerez L'Ivresse de L'Argent."

 

Im Sang-soo

On vous recommande