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Im Sang-soo : "La cupidité n’avait encore jamais été aussi systématique qu’aujourd’hui."

Le réalisateur du Vieux jardin ou de The Housemaid, poursuit avec L'Ivresse de l'argent sa réflexion autour des répercutions de l'argent sur le comportement humain.

De nos jours, on dit que c’est l’argent qui fait tourner le monde, comme une sorte de pouvoir abstrait. Partagez-vous cette impression ?

Pas seulement aujourd’hui, de tout temps, l’argent a toujours dirigé le monde. Mais la cupidité n’avait encore jamais été aussi systématique et empreinte d’autant d’hypocrisie qu’aujourd’hui.

Comment le pouvoir de l’argent affecte-t-il la société coréenne ?

Ces dernières années, le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé, à mesure que les classes moyennes disparaissaient. Les gens se disent qu’à tout moment, ils peuvent tout perdre, ils vivent avec cette peur au quotidien. C’est d’ailleurs cette peur qui caractérise le mieux la société coréenne contemporaine.

L’esthétique du film est assez riche en détails. Comment s’est passé votre travail avec le chef décorateur ?

La caractéristique principale de ce film du point de vue de la décoration est l’usage d’œuvres d’art dans de larges espaces. La tendance pour les riches aujourd’hui est de décorer leur maison comme si elle faisait partie d’un musée ou d’une galerie d’art. Les tableaux aperçus dans le film (d’Erro, Arman, Yuri Kuper, Jim Dine, et bien d’autres artistes coréens de renom) sont éblouissants, mais les êtres qui les côtoient au jour le jour ne cessent de s’enlaidir, ce qui est pour le moins ironique.

Les éclairages sont froids, assez sombres. Pouvez-vous nous expliquer l’usage de la lumière dans le film ?

Mises à part les scènes où apparaît la fille du couple, Nami, je n’ai jamais utilisé de couleurs complexes. Le film s’ouvre sur des couleurs chatoyantes et s’achève sur un enterrement, pour lequel la famille se réunit dans une pièce sombre. Le noir de cette pièce n’est pas un noir véritable, mais celui utilisé dans la peinture asiatique traditionnelle.

Comment travaillez-vous avec les acteurs ? Ils ont un jeu discret, tout en finesse.

Je n’aime pas les cris, les gémissements, toutes les explosions d’émotions en général. Je n’écris jamais ce genre de scènes dans mes scénarios. Sur le plateau, je me demande toujours comment permettre aux acteurs d’en faire le moins possible. Je pense que c’est par une approche minimale du jeu que les émotions authentiques affleurent.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce film ?

Notre société injuste et ma compassion envers ceux qui souffrent dans ce monde. C’est presque toujours mon idée de départ. Pourtant, je vois bien qu’il est difficile de représenter avec justesse la complexité de notre société et l’ironie de la vie.

Qu’est-ce qui différencie, à vos yeux, le pouvoir politique du pouvoir de l’argent ?

Partout dans le monde, le pouvoir de l’argent gagne du terrain. Et la politique est contrôlée par le pouvoir de l’argent. Il est absolument nécessaire que le pouvoir politique se dissocie de l’argent.

Vous semblez toujours travailler avec plus ou moins le même groupe d’acteurs, y a-t-il une raison particulière à cela ?

Mon approche créative s’apparente à celle d’une troupe de théâtre : elle est ouverte à de nouveaux talents, mais conserve des membres permanents dans la distribution. Le groupe d’acteurs avec lequel je travaille est composé d’artistes de premier ordre, qui sont pour moi de véritables mentors artistiques.

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