Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Lars von Trier : "Melancholia ? Ça a l'air merdique..."

En deux mots, telle fut la réponse de Lars von Trier lorsqu'on l'interrogea sur son dernier film. A rebours de la critique, l'iconoclaste Danois s'amuse (?) donc à descendre son film. Misogyne et acerbe ? Provocateur, surtout.

C’était comme si je me réveillais après un rêve : ma productrice me montrait une proposition d’affiche. “C’est quoi, ça ?” ai-je demandé. “C’est un film que tu as fait !” a-t-elle répondu. “J’espère que non,” ai-je bafouillé. On m’a montré des films-annonce… des photos… ça a l’air merdique. Je suis secoué.

Ne vous méprenez pas… j’ai travaillé sur ce film pendant deux ans. Avec grand plaisir. Mais je me suis peut-être fait des illusions. Je me suis laissé tenter. Ce n’est pas que quelqu’un ait commis une erreur… au contraire, tout le monde a travaillé loyalement et avec talent pour atteindre le but que moi seul avais défini. Mais quand ma productrice m’a présenté froidement les faits, un frisson a parcouru mon épine dorsale.

C’est la crème de la crème. Un film de femme ! Je me sens prêt à rejeter ce film comme un organe transplanté par erreur.

Mais je voulais quoi au juste ? J’avais un état d’âme comme point de départ, mon désir de plonger la tête la première dans l’abîme du romantisme allemand. Du Wagner par tonnes. Je sais au moins ça. Mais n’est-ce pas juste un moyen d’exprimer sa défaite ? La défaite face au plus petit dénominateur commun cinématographique ? La romance est malmenée de mille façons atrocement ennuyeuses dans les produits populaires.

Et puis je dois admettre que j’ai eu une relation amoureuse heureuse avec le cinéma romantique… pour citer l’évidence : Visconti ! Le romantisme allemand qui vous laisse pantelant. Mais chez Visconti, il y a toujours quelque chose pour élever le sujet au-dessus du trivial… l’élever au niveau du chef-d’oeuvre !

Je suis troublé maintenant, je me sens coupable. Qu’ai-je fait ? Est-ce, "exit Trier" ? Je me cramponne à l’espoir qu’il y aurait peut-être dans toute cette crème un éclat d’os susceptible de casser une dent fragile… je ferme les yeux et j’espère !

Lars von Trier, Copenhague, 13 avril 2011.