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Un Robinson sans Defoe

Premier film d'animation uruguayen et premier long-métrage de son réalisateur, Selkirk... raconte l'histoire vraie de l'homme qui inspira à Daniel Defoe son Robinson. Système D. au programme, devant et derrière la caméra.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur l’histoire du marin Alexander Selkirk et du roman Robinson Crusoé ?

Nous avons travaillé sur l’histoire de ce corsaire écossais Alexander Selkirk, qui, après un différend avec son capitaine, fut abandonné sur les îles Juan Fernandez au large de Santiago du Chili. Il y vécut seul pendant quatre ans, jusqu’à ce qu’il soit secouru par un autre navire de corsaires. Quand il revint à Londres, l’écrivain Daniel Defoe entendit parler de l’histoire de Selkirk et décida d’écrire le roman Robinson Crusoé . Nous avons aimé cette histoire. Le fait qu’elle se déroule en Amérique du Sud nous a décidés.

Vous dressez à travers votre film, un portrait d’un équipage peu solidaire d’une part, puis d’une vie en pleine nature où il faut apprendre à se débrouiller, d’autre part. Est-ce pour vous une métaphore de la vie en société ?

A travers la première partie du film et le voyage sur le navire, sont exposés les aspirations, les ambitions, les accords et les désaccords de chaque personnage. Sur l’île, ce sont la solitude et l’amélioration de soi qui sont mises en avant. C’est donc quelque part une métaphore critique de la vie en société. L’accent est particulièrement mis sur le changement qui s’opère dans la personnalité du personnage principal de Selkirk. Il surmonte son adversité et s’améliore en tant que personne. Ses valeurs personnelles évoluent. Il les préservera même après son retour dans la société.

Pouvez-vous nous expliquer les principales difficultés que vous avez rencontrées lors de ce projet et quel fut le temps nécessaire pour le réaliser ?

Selkirk, le véritable Robinson Crusoé est le premier long métrage d’animation tourné en Uruguay. Il n’y avait donc aucune expérience ne serait-ce que pour mettre en place une équipe de réalisation pour le film, ou encore pour réunir une équipe d’animateurs appropriés. Il était donc tout d’abord nécessaire de former les gens à travailler ensemble.

Notre plus grande difficulté fut d’obtenir les matériaux nécessaires pour le revêtement des figurines. Nous avons dû expérimenter différents produits qui ne furent pas toujours ceux appropriés. Deux ans et deux mois ont été nécessaire pour achever le film. La partie animation a, quant à elle, duré un an et quatre mois. Le reste du temps fut celui de la préproduction et de la postproduction.

Vous utilisez la technique du stop motion dans ce film, pourquoi l’avoir choisie ? N’êtes-vous pas tenté par les nouvelles techniques d’animation qui sont utilisées aujourd’hui ?

Mon expérience sur le travail du bois et du métal, associée à mon intérêt pour l’espace et le volume, m’ont amené au stop motion, comme une technique qui permet de travailler de manière créative en utilisant des matériaux simples. Contrairement à d’autres techniques qui nécessitent des matériaux ou l’utilisation de technologies plus complexes. Je suis par ailleurs très à l’aise avec le stop motion. J’ai le sentiment de pouvoir faire face à n’importe quel imprévu.

Je ne suis pas tenté de travailler uniquement en 3D. Je préfère filmer des objets réels dans l’espace. Il existe une relation directe entre la photographie de la matière, des figurines, des objets inanimés, pour pouvoir leur donner vie et les animer. La création d’un monde virtuel ne m’attire pas. Mais cela ne veut pas dire que je suis contre l’utilisation des ordinateurs, qui nous servent à merveille dans la réalisation du stop motion.

Les thématiques développées par Daniel Defoe dans son roman Robinson Crusoé (La religion, l’individualisme économique, l’ordre social, les étrangers, l’esclavage...) vous tiennent-elles à cœur ?

Nous n’avions pas l’intention de faire une adaptation de Robinson Crusoé. Nous avons fait des recherches sur cette expérience menée par Selkirk sur son île. Nous avons découvert qu’à son retour en Grande-Bretagne, il installa sa maison dans une grotte et vécut entouré de chats apprivoisés comme il l’avait fait quand il était sur son île.

Nous pensions que c’était la preuve que sa vie sur l’île n’avait pas été si mauvaise pour lui. Il a effectivement eu quelque part une relation très privilégiée et unique avec la nature. Ses valeurs morales en tant que corsaire ont été changées. Ce sont donc les questions au centre du film : l’amélioration de sa personne et l’évolution des valeurs morales. Pour Selkirk, la véritable richesse est de croire en soi.