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Wasis Diop et "le silence intérieur de l'Afrique"

Wasis Diop, qui signe la musique de "Lili et le baobab" est l'un des musiciens et compositeurs africains actuels les plus admirés et recherchés.

Depuis qu'à 14 ans, il a pris une guitare dans ses bras, Wasis Diop ne l'a plus jamais lâchée. Né à Dakar au Sénégal, l'artiste qui signe la musique de Lili et le baobab, vit depuis les années 1970 en France, où il travaille avec des musiciens aux origines très diverses, comme le saxophoniste japonais Yasuaki Shimizu, le légendaire producteur jamaïcain de dub Lee Scratch Perry ou la chanteuse tunisienne Amina Annabi. Wassis Diop mélange ainsi traditions africaines, mais aussi celte ou arabe, à une pop racée et des samples électroniques.

A propos de Lili et le Baobab, le musicien raconte : "Quand je l’ai découvert, ce fut pour moi comme une plongée dans mon enfance. Pour la première fois, je voyais au cinéma ce que j’ai toujours appelé le peuple du silence, le peuple d’Afrique. On pense toujours que l’Afrique est agitée, bruyante, rythmée. Il fallait que quelqu’un vienne d’ailleurs pour nous faire entendre ce que les cinéastes africains n’osent pas aborder : le temps et la chaleur qui épuisent, les gestes de la tradition qui se perpétuent, l’ombre des maisons qui avance inexorablement vers la nuit, les dogmes qui figent…

Le rythme du film, l’histoire, les cadres et la lumière évoquent le silence intérieur de l’Afrique, alors qu’on met toujours l’accent sur le rythme extérieur. La plupart du temps quand on parle de l’Afrique, on parle de développement. Mais je crois que tant qu’on restera dans le silence, notre avenir aussi sera silencieux, et restera un grand point d’interrogation.

Ce silence, que porte magnifiquement le personnage d’Aminata, c’est la réalité. Elle n’ose pas dire le nom du père de son enfant. Son silence est celui des femmes d’Afrique, ces femmes et leurs enfants dont dépend le sort de ce continent. J’ai également été très touché par une scène en France, dans un bar, où un homme lève une coupe de champagne pour souhaiter la bienvenue à cet enfant du Sénégal. Je n’imaginais pas que cela soit possible. C’est un formidable signe d’espoir, un signe humain et universel qui nous rappelle que le sort de chacun est entre les mains des hommes du monde entier. J’aimerai que ce film soit vu, et entendu, par tous ceux qui se préoccupent de l’Afrique.”

Côté cinéma, Wassis Diop a également écrit la musique de Hyènes, long-métrage réalisé par son frère Djibril Diop Mambety (1992), de TGV de Moussa Toure avec Bernard Giraudeau (1997) ou encore d' Africa Paradis de Sylvestre Amoussou (2004).

L'une de ses chansons  (Everything ...Is Never Quite Enough) a même été utilisée dans Thomas Crown de John Mc Tiernan, remake de l’Affaire Thomas Crown, avec Pierce Brosnan et Ben Gazzara. La chanson est associée à une séquence qui recrée un épisode mythique du film original: la partie d’échec entre Steve Mc Queen et Faye Dunaway.