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Boxer le cinéma

Après la découverte enthousiasmante de ses premiers films et la confirmation de son importance de cinéaste avec Deep end, Jerzy Skolimowski devient, à la fin des années soixante l'un des grands noms du jeune cinéma polonais. La revue Cinéma lui consacra un très important dossier dans non numero 180. Extraits d'une étude de Raymond Lefèvre qui expose les parallèles entre ses premiers longs-métrages.

En exceptant Les Aventures de Gérard, sorte de parenthèse burlesque, le héros principal de chaque film de Skolimowski est un homme jeune, puis un très jeune homme, successivement interprété par Jerzy Skolimowski lui-même, Jan Nowicki, Jean-Pierre Léaud et John Moulder Brown. Mais toujours il s'agit d'un même regard sur le monde, celui d'un être mal adapté, hanté par le désir de compétition et par la peur du vieillissement.

Dans ses deux premiers films (Rysopis/Signes particuliers : néant et Walkover) l'adéquation entre le personnage de fiction Andrzej Leszczyc et le créateur Jerzy Skolimowski est parfaite. Devant ou derrière la caméra, c'est la même silhouette sportive, nez et démarche de boxeur, toujours sur le qui-vive, prêt à la riposte, à la fois agressif et en position d'esquive.

Andrzej Leszczyc : signes particuliers, néant. Vingt-quatre ans, soit deux de moins que son modèle. Renvoyé d'une Faculté d'ichtyologie. Manifeste fort peu d'enthousiasme pour l'accomplissement d'un service militaire jusque là différé. C'est tout ce que l'on sait de lui et la caméra suivra son comportement pendant une très courte tranche de vie.

Dans Walkover, Skolimowski a trente ans (trois ans de plus que son modèle, cette fois) : son passé, ce sont les 76 minutes du film précédent. A une variante près : il a interrompu ses études à la « Polytechnique » au moment du stalinisme. Son activité la plus rentable : la boxe.

Et ce personnage aurait pu continuer à vivre dans des films ultérieurs, mais un incident de production obligea Skolimowski à l'abandonner : on avait fait appel à lui pour écrire un scénario destiné à Karabach, metteur en scène très connu en Pologne comme documentariste. Or ce dernier tomba malade en cours de tournage...

« On m'a alors demandé de continuer moi-même la réalisation du film, déclare Skolimowski. Je me suis, de ce fait, trouvé dans une situation embarrassante, parce que le scénario, écrit par moi, ne me convenait pas. Il m'est difficile de dire exactement pourquoi. C'est peut-être qu'en l'écrivant, je voyais un film préparé par un autre, un film que moi-même je n'aimerais pas faire.

L'histoire s'est faite, modifiée, au jour le jour, et je ne l'ai connue moi-même que lorsque le film a été terminé. Aujourd'hui encore je suis incapable de le raconter. Tout ce que je peux dire c'est qu'il est différent de mes deux premiers films. En ce sens que Rysopis (Signes particuliers : néant) et Walkover étaient traités à la première personne et qu'ici le récit est plus objectif. Il y a deux personnages principaux au lieu d'un seul et aucun d'eux n'est Andrzej.

Je n'y joue pas moi-même, mon visage n'apparaît que sur une affiche, de façon très brève : c'est une présence purement symbolique, comme une signature au bas d'un livre » (1)

Cette fois encore, il s'agit un étudiant en rupture d'études (…)

« Je n'ai jamais étudié de personnages plus âgés que moi parce que je n'ai pas encore vu ce qu'était la seconde partie de la vie. Si on divise la vie en deux parties, je crois que l'on peut dire que la première est une entrée et la seconde une sortie (2)...

Raymond Lefèvre

 

  1. Les Cahiers du cinéma n_192

  2. Positif, n_135