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Jean Vigo, héros de cinéma

La vie du cinéaste fut aussi tragique, brûlante et courte que sa carrière. Ni documentaire, ni biographie, Vigo est avant toute chose, au travers de la fiction romancée, un vibrant hommage de Julien Temple, réalisateur britannique, à cet homme hors du commun.

Jean Vigo entra dans la légende du septième art à un âge où la plupart des cinéastes font leurs premiers pas et entament timidement leur apprentissage. Sa vie météorique, comme sa carrière d'une tragique et fulgurante brièveté, ne se compare à aucune autre. Mort de la tuberculose à vingt neuf ans, il nous a légué trois chefs-d'oeuvre, trois brûlots fiévreux qui défient le temps, les exigences du commerce et celles de la bienséance cinématographique.

En réalisant A Propos de Nice, Vigo ne se contenta pas d'une charge féroce contre la décadence de son temps. Il fit éclater les limites du documentaire et celles du pamphlet en inventant un cinéma de l'urgence, improvisé dans la rue, caméra au poing, un art vagabond mû par un mélange explosif de rage et de dérision.

Dans Zéro de conduite (dont la censure, moins imbécile qu'on ne croit, perçut d'instinct le caractère radicalement subversif), Jean Vigo exalta comme nul autre l'esprit ludique et l'irréductible soif d'absolu et de liberté de l'enfance.

Avec L'Atalante, film testamentaire et maudit entre tous, il maria avec une innocence visionnaire réalisme et poésie et signa l'une des plus belles histoires d'amour jamais vues sur un écran.

Fragments précieux d'une vie déchirée et exceptionnellement dense, ces films sont une somme d'images inspirées où sont venus puiser des cinéastes aussi divers que François Truffaut, Bernardo Bertolucci, Georges Franju, Jean-Luc Godard, Lindsay Anderson. Ils constituent aujourd'hui un émouvant et fraternel message d'audace et de liberté pour tout réalisateur indépendant digne de ce nom.

Vigo de Julien Temple n'est ni un documentaire, ni une biographie, mais une interprétation personnelle, moderne, de la vie de Jean Vigo et de l'amour passionné qui le lia à sa femme, Lydu Lozinska. Fasciné par l'oeuvre et le caractère de Vigo, le réalisateur a consacré, avec ses producteurs Amanda Temple et Jeremy Bolt, dix ans d'efforts à ce projet. A la fois portrait et hommage, le film reflète la vitalité intemporelle du cinéma de Vigo tout comme l'intensité douloureuse de sa vie amoureuse et de son combat artistique.

«L'esprit de Vigo est encore bien vivant, explique Temple, et nous tenions à le célébrer en évoquant l'idylle de Jean et Lydu. Même les gens qui connaissent les films de Vigo ignorent l'extrême singularité de sa vie et la force de cet amour qui l'amena à prendre des risques considérables.» Le film s'inspire originellement de la pièce de Chris Ward, Love's a Révolution (créée à Londres en 1984). «Nous avons également utilisé la biographie de Vigo par P. E. Salles Gomes, explique Ettedgui, et mis en valeur le rôle clé du père de Vigo, Almereyda, dans sa vie. Le cinéaste parlait rarement de lui, mais il était hanté par ce fantôme qui lui insuffla sa rage de vivre et de créer, ainsi qu'un puissant désir de revanche.»