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Romane Bohringer : "Quelle vie eut Vigo !"

"Le scénario n'a rien d'une biographie classique, c'est avant tout une magnifique histoire d'amour," raconte l'actrice qui interprète Lydu, la femme du réalisateur.

Que représente un personnage aussi mythique que Jean Vigo pour une jeune actrice comme vous ?

Romane Bohringer : J'avais vu Zéro de conduite et L'Atalante, dont l'énergie et la poésie m'avaient bouleversée, mais je ne connaissais rien de lui. Quand j'ai lu le scénario, je me suis dit : « Quelle vie il a eue ! Mon Dieu, quelle vie ! ». Ce qui m'a d'abord frappée, c'est que ce scénario n'avait rien d'une biographie classique, scolaire ou même cinéphilique. C'était avant tout une magnifique histoire d'amour entre deux êtres plongés dans un combat permanent, l'hommage romancé d'un metteur en scène, Julien Temple, à quelqu'un dont il admirait la fièvre, le courage et le talent. L'image «officielle» de Vigo ne l'intéressait pas. Ce qu'il voulait, c'était saluer la grandeur, la force et la beauté de la passion qui unissait Vigo à sa femme Lydu.

Vous ne trouvez pas étonnant que ce soit un réalisateur anglais qui consacre un film à «notre» Jean Vigo ?

Non. Les films de Jean Vigo existeront toujours, et les cinéastes français ne sont en aucune façon obligés de s'intéresser à lui. S'il y en a un, quel qu'il soit, d'où qu'il vienne, s'il a le désir de raconter l'histoire de sa vie, il en a parfaitement le droit, Julien Temple a eu cette envie-là, envie de parler de cet homme-là, de connaître cette histoire d'amour et je trouve ça formidable. Qu'il soit étranger n'a strictement aucune importance.

Comment le rôle de Lydu est-il arrivé jusqu'à vous ?

De manière hallucinante, Julien Temple est venu exprès de Londres avec sa femme pour me rencontrer. On s'est donné rendez-vous dans un café, et il m'a dit pendant trois heures qu'il ne voyait personne d'autre que moi dans le rôle de Lydu, qu'il me voulait absolument, que je ne pouvais pas refuser...

J'étais très touchée, mais je ne parlais pas un mot d'anglais ! j'avais lu une traduction française du scénario, je l'avais trouvé très beau, mais il n'était pas question pour moi de tourner dans une langue que je ne pratiquais pas. Son film, je voulais le faire, mais j'avais terriblement peur de «l'abîmer». Or, Julien a tellement insisté, je me sentais tellement désirée que je me suis jetée à l'eau, je n'ai rien d'une conquérante, je me fiche d'avoir une carrière internationale ou pas, mais à partir du moment où on m'aide, je suis prête à aller au bout du monde, à tout donner et à travailler comme une forcenée.