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"Robert Mitchum est mort" d'Olivier Babinet et Fred Kihn

Une comédie mélancolique et décalée sur l'amour du cinéma et les artisans prêts à tout pour perpétuer le mythe du 7ème art !

Dans la lignée des chefs d'oeuvre de Kaurismaki et du surréalisme burlesque belge, un nouvel ovni nous parvient aujourd'hui, avec le toujours excellent Olivier Gourmet et le très singulier Pablo Nicomedes : Robert Mitchum est mort. Entre mélancolie douce et humour décalé, le film, comme l'indique son titre, offre au spectateur un voyage dans un monde où le cinéma représente tout et où le temps s'est arrêté de tourner. Plongés dans les vestiges de l'âge d'or du cinéma, les deux cinéastes, Babinet et Kihn, dressent le portrait des derniers outsiders pour qui le cinéma reste un mythe à conquérir.

Robert Mitchum est mort raconte l'histoire de deux types, deux paumés, un dur et un mou. Arsène est le manager de Franky, un acteur raté rongé par la dépression. Il croit fermement en son potentiel et décide de l'emmener en Scandinavie à la rencontre d'un cinéaste mystérieux. Ils prennent ensemble la route vers des contrées d'un autre temps où les fantômes du cinéma côtoient les derniers résistants d'une pratique du 7ème art en train de disparaître.

Tel est en effet le principal intérêt du film : décrire une sorte d'univers artisanal du cinéma composé de cinéastes mystérieux, de festivals obscurs et de silhouettes que l'on croyait à jamais disparues. Robert Mitchum est mort rejoint la tendance actuelle qui consiste à filmer les marges de la production cinématographique standard. On pense à Hitler à Hollywood de Sojcher, mais aussi à Aaltra, Vampires, les films de Benchetrit ou de Bouli Lanners... Tous des films qui parlent, au fond, des derniers artisans.

Mais le film de Babinet et Kihn est loin de dresser un constat optimiste sur l'avenir de ces derniers irréductibles. Les temps sont à la résignation, si pas à l'abandon. Il n'y a plus de place dans ce monde pour les bricoleurs en herbe et les marginaux pour qui l'art est une règle de vie. C'était déjà le propos du dernier film de Sojcher, qui rend justement hommage à ceux qui réussissent encore à résister face à l'ouragan de l'industrie et de la consommation de masse.

Ce côté mélancolique n'empêche pas le burlesque et le ton décalé bien à la belge de s'installer. Il n'est donc pas interdit de prendre plaisir devant cette ironie assumée. Cette absurdité devient même jouissive tellement les deux cinéastes portent jusqu'au bout l'idée de leur film. Il ne faut pas manquer Robert Mitchum est mort, le petit frère ténébreux des films burlesques contemporains.

Guillaume Richard

 

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