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Serge Riaboukine : " Je suis tombé amoureux de ce personnage de femme. "

L'acteur a trouvé dans Une femme d'extérieur un rôle à sa mesure, à la fois discret et tonitruant dans sa façon écorchée vive de ne pas savoir comment canaliser ses sentiments. Il raconte son travail avec le réalisateur et sa partenaire, Agnès Jaoui, axe central d'un récit sur l'amour et la dérive.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le scénario ?

Dès que je l’ai lu, j’ai été happé. Je me suis dit que c’était l’un des plus beaux scénarios que j’aie jamais eu entre les mains. J’ai tout de suite pensé à Cassavetes, à Une femme sous influence. En même temps, cela n’a rien à voir. Mais on a toujours des flashes, des choses qui remontent quand on est cinéphile ! Elle est si profonde, l’histoire de ce couple. Et quand on pense à l’âge de son auteur, on est d’autant plus impressionné !

Comment s'est passé le tournage ?

Christophe Blanc fait beaucoup de prises. Au début, j’étais surpris, furieux même, parce que je n’étais pas habitué à cela. J’aime beaucoup la spontanéité et je lâchais tout à la première prise. Et puis je m’y suis fait. C’est une autre manière d’aborder le travail, un confort énorme. On sait qu’on peut y aller, qu’on a de la marge. Christophe est très exigeant. Il sait ce qu’il veut. Et l’émotion que j’avais eue à la lecture du scénario était au rendez-vous sur le tournage.

Avez-vous respecté les dialogues du scénario ?

Oui, et en même temps, on a eu l’impression d’improviser, dans la mesure où Christophe n’est pas au mot près. Comme son texte est excellent, on n’a qu’une envie : le dire, ne pas le trahir. En plus, c’est un texte extrêmement facile à mémoriser. Je l’apprenais au jour le jour.

Votre personnage n'était pas facile à incarner. Il abandonne sa femme, il est assez lâche...

Cela ne me fait pas peur de jouer des sentiments humains qui sont très communs. Beaucoup de gens sont irresponsables et n’assument pas les choses. En tant qu’acteur, c’est un devoir de jouer cela. Je n’ai pas envie de ne jouer que des belles choses, d’être un héros. Il faut mettre à nu les sentiments, faire vivre les défauts et les qualités au même degré. Après, le seul juge est le metteur en scène avec sa caméra. Et, dans un second temps, le spectateur.

Mais vous, que pensez-vous de Jacques ?

Comme beaucoup d’hommes à cet âge-là, il va vers la beauté inhérente à la jeunesse de sa maîtresse. Il me semble qu’elle ne remet pas en question ses défauts parce qu’elle ne les voit pas encore. Lui s’en rend compte, et il en profite un peu. Il met un bon gros mouchoir sur tout cela pour ne rien voir non plus. Ce n’est pas forcément conscient.

Souvent, les hommes sont assez lâches, ils restent avec leur femme parce qu’ils ont peur de la solitude. Si Françoise n’avait pas provoqué la rupture, Jacques se serait arrangé de cette situation. Mais une chose est certaine : il a aimé une femme, sa femme, et il ne se remettra jamais de l’avoir perdue. Elle devient insaisissable alors qu’il l’avait eue jusque-là "sous la main". C’est un drôle de sentiment.

Pensez-vous qu'il refait sa vie avec cette jeune maîtresse ?

Je préfère laisser au spectateur sa propre interprétation, mais je pense que c’est beaucoup plus ambigü que cela. Jacques est attaché à sa maîtresse, elle lui procure du plaisir - et pas forcément seulement sexuel. Cela le rassure. Il va peut-être finir sa vie avec cette femme, être très heureux. Mais il doit néanmoins assumer un échec : quand on a passé plus de quinze ans avec quelqu’un et que l’on se sépare, c’est une déception dont on ne se remet pas. On ne voit plus les choses de la même façon. On est déçu de soi et de la vie.

Votre personnage disparaît à certains moments de l'histoire. Vous ne craigniez pas qu'il perde en intensité ?

J’y ai pensé. C’est un rôle délicat. Une femme d'extérieur est avant tout l’histoire d’une femme dont Jacques est l’écho. En fait, je suis tombé amoureux de ce personnage de femme. Je l’ai trouvé fantastique et c’est cela qui m’a donné envie de faire le film. Et puis c’était un joli challenge : exister et être juste sans être trop envahissant. C’est pour cette raison que j’ai beaucoup relu le scénario. J’avais besoin de resituer les scènes que l’on avait déjà tournées. Non pas parce que je m’éloignais de l’histoire mais parce que je voulais être au plus juste par rapport au parcours d’Agnès, pour ne pas louper quoi que ce soit.