Navigateur non compatible. Veuillez utiliser un navigateur récent

Un moyen âge entre enfance et cauchemar

Pour nourrir cette oeuvre qui se voulait grave et profonde sur le mystère de la Foi, Bergman a recréé une époque qui doit moins à l'Histoire qu'à ses fantasmes.

« Tu as fais assez de comédies, il est temps de passer à autre chose… » C’est à la suite de cette simple remarque  de sa muse et compagne de l’époque, Bibi Andersson que Bergman décide de tourner Le 7ème sceau. Ce n'est pas la seule raison. Sa réputation de cinéaste est alors plutôt mauvaise dans son propre pays et il a besoin que la critique suédoise le prenne au sérieux. Bergman s'attelle donc à un sujet grave.

Le 7ème sceau emprunte son titre à l’Apocalypse de Saint Jean et offre une vision stylisée du Moyen-Age, inspirée des souvenirs d'enfance du cinéaste qui suivait son père, pasteur, dans ses déplacements pour prêcher, et était absorbé par les vitraux et représentations d'anges et de démons dans les oeuvres exposées dans les églises.

« Pendant que mon père parlait en chaire, ecrivait-il, et que les fidèles priaient, chantaient ou écoutaient, je concentrais mon attention sur le monde secret de l'Eglise, fait de voûtes basses, de murs épais, de parfum d'éternité, de lumière solaire colorée qui tremblait sur l'étrange végéation des peintures moyenâgeuses et des figures sculptées sur le plafond et sur les murs.

Il y avait là tout ce que la fantaisie pouvait désirer : anges, saints, dragons, prophètes, démons, enfants. Il y avait des animaux extrêmement effrayants : les serpents du paradis, l'âne de Balaam, la baleine de Jonas, l'aigle de l'Apocalypse. Tout cela se trouvait entouré d'un paysage céleste, terrestre et sous-terrain d'une beauté étrange et pourtant bien connue.

Dans un bois, la Mort était assise et jouait aux échecs avec le Chevalier. Une créature aux yeux écarquillés se cramponnait à un arbre pendant qu'en bas la Mort se mettait à scier l'arbre de tout son cœur...

Par dessus les collines en pente douce, la Mort menait la danse finale vers le pays des ténèbres.Mais sur l'autre voûte, la Sainte Vierge marchait dans un jardin de roses en tenant par la main l'enfant, et ses doigts étaient ceux d'une paysanne et son visage était grave et autour de la tête virevoltaient les ailes des oiseaux.

Les peintres du Moyen Age avaient rendu cela avec une grande sensibilité, une grande habileté artistique et une grande joie. Cela me frappa l'esprit d'une manière immédiate et attractive, et ce monde me devint aussi réel que le monde de tous les jours, avec père, mère, et mes frères et sœurs. Par contre, je me débattais contre le drame sombre que je pressentais et qui se jouait sur le tableau de la Crucifixion placé dans le chœur.

Mon esprit demeurait interdit devant cette cruauté extrême et cette extrême souffrance. Ce n'est que bien plus tard que la croyance et le doute se firent mes compagnes fidèles. Il m'a paru évident et fructueux de représenter mes souvenirs de l'enfance, et ce fut comme si je me sentais contraint d'exprimer le dilemme actuel. »

L’imaginaire de Bergman et le travail de son chef opérateur Gunnar Fischer engendrent alors pour Le 7ème sceau des plans et des séquences d’une grande force évocatrice.

Pour la fameuse scène de la partie d’échec sur la plage pour laquelle il a fallu descendre la caméra qui pesait alors 100 kilos, Gunnar avait installé deux puissants projecteurs pour éclairer chaque profil des deux visages. Après avoir vu le film des spectateurs lui ont dit qu’il leur semblait avoir vu deux soleils. " Si l’on peut accepter que la mort joue aux échecs avec un chevalier –répondit-il- on peut aussi accepter qu’il y ait deux soleils."