A la vie, à la mort! est une tragédie qui porte bien son titre (
). Créateur d'un monde où la bonté est synonyme d'intelligence, cette oeuvre met du baume au coeur en transmettant de manière sincère une véritable foi. Dans le cinéma et dans la vie.
Jacques Morice, Télérama
" Les gestes peuvent être de soutien (lorsqu''il s''agit
de conduire le père paralytique aux toilettes) ou de désir, ils témoignent en tout cas que la communauté fait (au
sens propre) corps, s'incarne pour de bon puisqu''elle en passe aussi par un
dialogue physique. Cette existence charnelle est d'autant plus flagrante que le
film organise un quasi-recensement des états du corps, et précisément du corps en tant qu''il est
organiquement en vie, façon de dire que ce qui soude ces personnages en marge est un désir
presque instinctuel de continuer à être. Baiser, manger, boire, chier, voilà qui
les occupe beaucoup, et ces actes élémentaires et triviaux prennent ici toute
leur beauté d'être des gestes qu''on fait ensemble et avec amour. Parce qu''après
tout, même l'enfant, il leur a fallu être au moins trois pour le concevoir.
Pour autant le langage du corps n''est jamais le seul, il est
toujours relayé, complété, par celui des mots parce qu'on est à Marseille qui est le
territoire du verbe, de la palabre, de la jouissance du discours. Ce qui donne au
film une légère et grisante dimension théâtrale, non pas qu'il vise à une
quelconque rigidité, mais que bien souvent ce soit la parole qui organise la scénographie
(on pense, bien que Guédiguian ne l''aime pas beaucoup, à Pagnol). On n''en finirait pas d''énumérer les scènes qui
tirent leur beauté du dispositif de l''échange verbal. Citons au moins celle,
anthologique, où José, Jaco et Otto (Jacques Pieiller) tentent de faire
comprendre à Patrick que sa femme est enceinte. Scène d'une merveilleuse
subtilité où la parole tout en détours, entrelacs, sous- entendus, allusions
sibyllines, n''en finit pas de se déployer, de se répandre, de ne pas en venir
au but, alors qu''un montage direct et franc, nous découvrant Jaco gêné et
Marie-Sol un peu honteuse, éclaire le spectateur dès l''abord sur ce dont il est
question, pour le laisser profiter du plaisir d'un verbe tortueux, vif et
chaleureux.
Chaleur est sans doute le mot qui dit le mieux dans quel état laisse A
la vie, à la mort !, film ovni dans le cinéma français contemporain. Il y a
tellement longtemps, depuis Renoir peut-être, qu'on n''avait pas vu un cinéaste
aussi respectueux de ses personnages, s'effaçant devant eux avec un si visible
amour, qu''on ne peut que se réjouir de retrouver un regard aussi tendrement altruiste."
Stéphane Bouquet, Cahiers du Cinéma