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Lussas 2015 — Mariana Otero, la thérapie par la caméra

Après avoir filmé l'école (La Loi du collège), les siens (Histoire d'un secret) et le travail (Entre nos mains), Mariana Otero poursuivait en 2013 avec A ciel ouvert son passionnant travail de documentariste dans un centre pour enfants en difficulté psychique ou sociale. Elle revient sur sa longue immersion dans un centre d'accueil unique où, faisant corps avec sa caméra, elle a gagné la confiance des enfants et des adultes jusqu'à faire du cinéma un outil de thérapie. Son film est projeté à Lussas dans un cycle où se mettent en regard l'exercice thérapeutique et l'usage de la caméra.

Le festival de Lussas propose cette année un cycle de projections et de débats sur les rapports entretenus par le documentaire avec la thérapie, intitulé De la scène thérapeutique à la mise en scène documentaire.

Les débats de l'atelier ont lieu en présence de Laurent Bécue-Renard (réalisateur), Marie Depussé (psychanalyste), Stefan Mihalachi (réalisateur), et sont animés par Laurent Roth (critique et réalisateur) et Michèle Valentin (psychanalyste). De longs extraits d'A ciel ouvert seront diffusés et analysés.

Cet atelier documentaire s'empare d'une pratique de thérapie qui s'oppose a priori à l'idée du cinéma et de son dispositif constitué d'une caméra et de micros.

L'action de cadrer, de filmer ou d'enregistrer semble peu capable de pénétrer l'espace d’un travail psychique. Cette impossibilité d'approcher ce travail mental secret, certains documentaristes tentent de s'y confronter.

Dans cette intention, la question de la relation du filmeur avec les patients est particulièrement cruciale dans A Ciel ouvert :

 

"(...) Alors A ciel ouvert, c’est un film sur quoi ?

C’est un film sur une vision singulière du monde à travers le parcours de quelques enfants qui ont un rapport à eux-mêmes, au corps et à l’autre radicalement différent. Oui, mais c’est aussi un film sur le regard, non pas un regard en particulier, mais sur le trajet de la pensée que le regard doit prendre pour se décaler et parvenir à voir. C’est un film qui raconte le travail, le chemin du regard. Regarder c’est se défaire de ses a priori, c’est expérimenter de la pensée.

C’est toujours cela bien sûr, mais on ne le sait pas forcément. J’ai essayé de le montrer, de le faire vivre au spectateur. Dans le film, je n’ai donc pas essayé de rendre compte, dans sa globalité, de la pensée à l’œuvre au Courtil. Je n'ai pas cherché à approfondir le substrat théorique qui engendre et permet pour les intervenants ce décalage du regard. Je n’ai monté / montré de cette théorie, des réunions, de la vie intellectuelle intense de ce lieu que ce qui permettait, le temps du film, de se décaler et de voir autrement."

Mariana Otero