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De Aki Kaurismäki. Finlande, Allemagne - 1994
1960. Une Volga noire sillonne les routes de Finlande avec à son bord deux gros buveurs (Vodka, café) et deux auto-stoppeuses (Russe, Estonienne). Direction Helsinki. Voyage silencieux, ponctué de haltes musicales et de regards solitaires. Une balade noire et blanche signée Kaurismäki, donc forcément tendre et réchauffée d'humour (à froid). Unique.
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Aki Kaurismäki en mille et un films et des poussières

Né le 4 avril 1957, le finlandais, cinéphile assidu commença sa carrière en se faisant recaler à l'entrée de l'école de cinéma. Raison : trop cynique. C'est en travaillant sur les films de son frère et en fréquentant les salles de cinéma, qu'il se formera. Réalisateur prolifique, il fut aussi monteur et, désormais, producteur. Filmographie express où l'on a juste oublié ses débuts... comme facteur et ouvrier du bâtiment.

Quoi ? Kaurismä... qui ?

En survolant l'oeuvre d'Aki Kaurismäki, le côté sombre de ses films se dissipe peu à peu : l'humour y est la principale raison d'espérer et d'aimer. Comme dans la vie ?

"L'un n'arrête pas de boire de la vodka, l'autre du café. Ils se réchauffent comme ils peuvent d'une vie triste à mourir. Ce sont deux pauvres types : un petit rabougri qui frime en costume de rocker et une armoire à glace, les cheveux longs et gras, qui n'ouvre pas la bouche. Ils roulent dans une vieille bagnole déglinguée, une Volga break noire. Pour quoi faire ? Pourquoi pas ! Drôle de film. Road movie en noir et blanc, sur une musique de rock (on est en Finlande, dans les années 1960). Un rock bas de gamme, mais qui exprime, tout de même, la révolte d'une génération... tandis que, sur l'écran, déambulent des héros complètement déboussolés. Kaurismäki aime les décalages. Sa méthode est de surprendre, mais, surtout, sans en avoir l'air. Car tout est dérisoire, a-t-il l'air de dire. Et le cinéma n'est peut-être pas plus important ­ ou tout aussi important ­ qu'un verre d'alcool pris sur le coin d'un comptoir avec un copain !

Tatiana est une comédie pince-sans-rire, à l'humour glacé, où, soudain, une situation devient sublime par son absurdité apparente : une grosse femme fume le cigare ; clic-clac ! enfermée dans un placard ! Sans raison... ou plutôt ­ nous le saurons à la fin du film ­ pour une raison idiote. Curieuse balade. Avec des gros plans d'objets que Kaurismäki filme comme des évidences... alors qu'il ne nous explique rien. Mais il lui suffit d'un plan fixe pour nous montrer comment une tasse de thé peut bouleverser le coeur d'un alcoolique ! Ou d'une seule image pour nous faire comprendre qu'un car de touristes est en rade sur le bord de la route : deux mains autour d'une chambre à air. Une roue crevée, et voilà !

Voilà aussi pourquoi les deux idiots croisent le chemin de deux petites femmes insignifiantes. Deux étrangères ; l'une russe, l'autre estonienne : « Tu vois les deux abrutis finlandais ? On va leur demander de nous emmener au port. » Et les garçons se moquent d'elles, de leur accent... mais ils les prennent à bord. Drôle d'équipée : deux carpes et deux oisillons dans le même bateau. Silences. Le rocker et le muet sont gauches, mufles, embarrassés. Ils jouent les durs et sont pitoyables. Et il ne se passe toujours rien. Enfin, pas grand-chose. Une halte dans un hôtel, dans un hangar, où les deux femmes dansent. Comme ça, juste pour le plaisir...

Car rien n'a vraiment de sens, dans ce film, sinon le plaisir immédiat qu'il procure. Comme dans La Fille aux allumettes ou La Vie de bohème, Aki Kaurismäki dépeint un monde sinistre et dur, où la moindre distraction devient volupté. Parfois, la volupté n'est pas sans cruauté. Amère ironie du malheur : l'ouvrière de La Fille aux allumettes lisait Angélique, marquise des anges dans le bus ; et les modernes protagonistes de Hamlet goes business écoutaient des musiques de variétés à la radio. De toutes petites évasions. Ici, pour échapper à un univers aride, ni la musique ni l'alcool ne suffisent. Mais c'est lorsque quelqu'un pose sa tête sur votre épaule, vous tend la main, que tout paraît magique. Ce sont ces gestes-là, minuscules, qui réchauffent plus que tout et paraissent alors grands et magnifiques.

Kaurismäki est un désabusé, un désespéré, peut-être. Mais il y a souvent une petite place pour l'amour dans ses films, entre l'ironie et la noirceur. Ici, cette petite place devient immense. Et la virée saugrenue tourne à la plus émouvante des histoires d'amour. Alors, bien sûr, Tatiana est un tout petit film. D'ailleurs, il dure à peine plus d'une heure. Mais c'est une petite... merveille."



Philippe Piazzo, Télérama
 
" ... au confluent de son oeuvre antérieure : les grandes fictions laconiques et désespérées (La Fille aux allumettes, La Vie de Bohème) et la pochade en forme de road-movie (Leningrad Cowboys) - il est vrai que parfois le happy-end vient sublimer le mélodrame ou le drame (Ariel, J'ai engagé un tueur) et que le picaresque devient amertume (Leningrad Cowboys rencontrent Moïse).
Ici, donc, de moins en moins de séquences, de moins en moins de plans, de moins en moins de dialogues, au service d'une intrigue simple à l'extrême (...) Drame cocasse de l'inutilité de la communication par le dialogue, description désolée d'un monde sans attrait, le récit, parsemé de gags aussi percutants qu'isolés les uns des autres, en dit plus que bien des films qui se croient démonstratifs et réalistes.
Tourné dans un noir et blanc parfaitement adapté, Tatiana rappelle une phrase de son auteur (à propos de La Fille aux allumettes) selon laquelle un film de Bresson, en comparaison, serait une aimable comédie."


Daniel Sauvaget, La Revue du cinéma

Tiens ton foulard, Tatiana
[ Pidä huivista kiinni, Tatjana ]
De Aki Kaurismäki
Finlande, Allemagne
1993
01h05 min


(€ 4.99)
VOST
Format WMV + DRM
Taille : 0.96 Go
 




 
Acteurs
Tatiana : Kati Outinen
Reino : Matti Pellonpää
Klaudia : Kirsi Tykkyläinen
Valto : Mato Valtonen
un barman : Atte Blom
l'employé de la station service : Carl-Erik Calamnius
Pepe : Pertti Husu
la mère de Valto : Irma Junnilainen
Vepe : Veikko Lavi
la réceptioniste de l'hôtel : Elina Salo
un barman : Mauri Sumén
le chauffeur de bus : Viktor Vassel

Fiche technique
Réalisation : Aki Kaurismäki
Scénario : Sakke Järvenpää, Aki Kaurismäki
Direction de la photographie : Timo Salminen
Son : Jouko Lumme
Décors : Kari Laine, Markku Pätilä, Jukka Salmi
Costumes : Tuula Hilkamo
Montage : Aki Kaurismäki

Date de sortie en France : 02/11/1994




 



 
Leningrad Cowboys rencontrent Moïse, Les
Vie de bohème, La
Homme sans passé, L'
Total balalaïka show (+ 5 courts-métrages)
Au loin s'en vont les nuages
Juha
Hamlet goes business
J'ai engagé un tueur
Shadows in paradise

Crime et châtiment
Fille aux allumettes, La
Lumières du faubourg, Les
Ariel
Calamari Union
Leningrad Cowboys go America
 
 
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