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"Dans Le Café des Jules, le sexe est partout..."

Comment parler du sexe et de l'attisement du désir dans un film? Matthieu Orléan dans son ouvrage Paul Vecchiali, La Maison Cinéma... (éditions de l'Oeil) évoque cette question à propos du film de Paul Vecchiali Le café des Jules

Le noyau du film est là, dans la disparition de toute résolution. L'obscénité n'est pas dans le porno (Change pas de main) mais dans la disparition des rapports humains, dans ce vide temporel, dans cette dénégation de toute responsabilité. Le porno, lui, est toujours du côté du fantasme ou de la fiction, donc de l'imaginaire.

Dans Le Café des Jules, l'imaginaire des personnages s'est réduit à néant: il leur faut les vêtements de lingerie fine trouvés par hasard dans la valise d'un représentant de commerce malmené, David (Lionel Goldstein) pour créer un semblant de jeu ( "On veut s'amuser", disent-ils).

Dans ce film de Vecchiali, probablement le plus désespéré de tous, le désir a besoin de gimmicks, de trucs pour redémarrer. Alors qu'habituellement, dans son cinéma, le désir est une évidence, la sexualité est réduite ici à une terminologie argotique, parasitant le discours. Ainsi, entend-on une cohorte de " Vous vous faites enculer... si elle baise aussi bien qu'elle fait la cuisine, il ne doit pas s'emmerder Dédé... Je vais pisser... salope... de mes deux... Je veux voir ta queue coupée... j'ai pas de patron au cul... Il y a un de ces bordels là-dedans... tu baises comme un lapin... Tu ferais bien de te faire enculer...", comme si les mots pouvaient remplacer la chose. Le langage remplace les préliminaires et l'insulte, le coït.

Leur gestuelle est également hyper-sexualisée: ainsi, cette scène où Jeannot culbute David avant de lui adresser la parole pour la première fois; celle où Jeannot et son ami ( Patrick Raynal) dansent enlacés, jouant sans l'assumer sur une certaine provocation homosexuelle; ou celle où ce même personnage, en pleine crise obsessionnelle du "bien repassé", enlève son pantalon quil met sur le zinc, se retrouvant ainsi en slip. Dans Le Café des Jules, le sexe est partout sauf dans le sexe.

Matthieu Orléan -  Paul Vecchiali, La Maison Cinéma... (édition de l'oeil) p. 131-133