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Mais qui est donc ce policier au drôle de nom, Pharaon de Winter ?

Dans L'Humanité, Bruno Dumont a affublé le personnage du policier d'un étonnant patronyme, Pharaon de Winter, en référence à un peintre du XIXe siècle du Nord de la France. Clin d'oeil du réalisateur : on peut admirer quelques unes de ses toiles dans la scène du Musée. Biographie du peintre.

Peintre et portraitiste de l'école réaliste du Nord, Pharaon De Winter (Bailleul 1849- Lille 1924) entra à l'école des beaux-arts de Lille en 1869 puis à celle de Paris en 1872. Ses succès d'école le font connaî­tre dans sa ville natale. Il peint le Portrait de Madame Charlet (1872), une riche veuve demeurant à Bailleul, et le Portrait de Madame Delebart-Pech(1883).

Sa première œuvre connue, datée de 1864, Autoportrait, exprime déjà une volonté de survivre à sa personne. Cette démarche est tout à fait nette dans le cas de l'Autoportrait de 1909, destiné, selon les mots que rapporte son fils "à conserver à ses enfants l'image fidèle de leur père". Il faut noter le dépouillement de ces autoportraits. Malgré leur nombre, ils montrent toujours le peintre nous regardant de face. Sauf exception, les variations dans la pose et le costume sont faibles, rendant plus évidente la permanence de l'homme.

Ses modèles sont des relations du voisinage immédiat du peintre, parents et amis proches. Ils visent la reproduction exacte du sujet. Ils sont assez conventionnels, généralement en buste, se détachant sur un fond sombre ou vert amande, Portrait de Madame De Winter et de son fils (1897), Portrait de la fille de l'artiste (1904).

Simultanément à cette série des portraits intimes, le pein­tre s'attache davantage à la représentation sociale, réelle ou non, d'une personne. Ce sont des tableaux de person­nages en pied ou assis dans lesquels la pose et les acces­soires participent autant au portrait que l'exacte repro­duction des traits (Portrait de M. Gery-Legrand sénateur-maire de Lille, portrait de Monseigneur H., évêque mis­sionnaire, dont les traits sont ceux d'un vieillard de l'Hospice que le peintre revêt d’une robe de bure et de la croix de l'évêque d'Arras; 1892)

Pharaon De Winter a surtout attaché son nom à des scè­nes religieuses: scènes de piété dans la grande tradition de la peinture académique Saint Sébastien (1875), l'Enfant prodigue (1876), Rédemption (1881) et por­traits et compositions de type religieux Religieuse lisant l'office (1896), Au couvent (1885), Au dispensaire (1886) Ces scènes sont pour lui l'occasion d'exprimer, dans la sobriété, sa fidélité à la Flandre et son attachement aux valeurs religieuses simples des Flamands Vieille femme en prières (1878), Pendant la Neuvaine (1889) Les modèles sont souvent choisis parmi les vieillards de l'Hospice Général de Lille.

L'expression qu'il donne à ses sujets religieux ne va jamais au delà de l'impassibilité. Ses portraits de religieuses ne manifestent pas d'émotion transcendante. Ils ont délibérément la froideur de ceux d'Holbein. Privés de la sensualité et de leur corps sous l'anonymat de l'habit monastique, ses personnages sont isolés du monde. Ainsi, l'anecdote et les contingences disparaissent au profit de l'humanité qui se concentre dans le visage et les mains. Le parti pris réaliste de Pharaon De Winter soutient l'exigence de sa pensée. En choisissant de peindre les siens -sa femme, ses enfants, des amis, quelques modèles – il cherche à mieux connaître l'homme.