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Stephan Lacant : "On ne devrait pas se soucier de savoir si c’est une relation gay ou hétéro"

Avec Free Fall, Stephan Lacant ne vise pas un public ciblé, déterminé en amont. Il s'agit au contraire de montrer au plus grand nombre une relation d'amour entre deux hommes. Autant parce que cette mise en avant est encore nécessaire aujourd'hui où l'homophobie est bien plus répandue qu'on ne le croit, que parce qu'il s'agit d'une histoire d'amour comme une autre... 

Pourquoi avez-vous choisi le titre Free Fall ?

Le titre m’est venu pendant une promenade en forêt – ce même lieu qui figure dans l’une des premières scènes entre les deux personnages – et j’ai tout de suite su qu’il correspondait au film. D’un côté, « freier fall » est une expression allemande très courante, d’un autre côté, elle traduit bien la situation de notre protagoniste ; il chute mais cette « chute libre » lui fait connaître une nouvelle forme de liberté.

Pourquoi avez-vous choisi de placer cette histoire d’amour entre deux hommes qui évoluent dans cet univers très masculin et violent qu’est celui des CRS ?

Le processus d’écriture du film a toujours été en lien avec la propre expérience de Karsten au sein des CRS. Pour nous, il était clair dès le départ que l’histoire se tiendrait dans cet univers. En Allemagne, il y a cette idée reçue que la police est un « miroir de la société », j’ai immédiatement su que c’était le monde dans lequel Free Fall évoluerait. De plus, sur un terrain aussi masculin et dominateur comme le football ou la police, l’homophobie est très présente.

Max Riemelt et Hanno Koffler – qui jouent les deux personnages principaux – sont des acteurs connus en Allemagne. Dans le film, ils partagent une grande complicité. Comment avez-vous travaillé avec eux pour créer une telle relation ?

Il était clair dès le début que Free Fall était un « film d’acteurs ». Trouver le bon casting était crucial pour que le film fonctionne. Il nous a fallu un long processus pour choisir ceux qui correspondraient aux personnages. Après avoir trouvé Hanno Koffler pour le rôle principal, nous étions très heureux lorsque nous avons choisi Max et Katharina pour jouer Kay et Bettina. Le jeu entre eux était si intense que le choix de ces trois acteurs était évident. Tous les quatre, nous avons beaucoup parlé du scénario. Ensemble, nous avons analysé chaque scène, chaque dialogue, chaque personnage. Après cela, nous avons revu le script avec Karsten. Il était très important pour moi que les acteurs se sentent à l’aise et fassent de ce rôle le leur.

Pour les scènes de sexe, nous avons fonctionné de la même façon. Ce type de séquence est toujours difficile – que ce soit entre un homme et une femme ou un couple de même sexe. Sur le plateau, nous avons fait en sorte de réduire le nombre de personnes au maximum afin de créer une atmosphère intime et ainsi, permettre aux acteurs de s’immerger totalement dans la scène. De plus Hanno et Max avaient déjà tourné un film ensemble au Maroc. Le fait qu’ils soient amis nous a beaucoup aidés.

L’homosexualité comme sujet du film fait naturellement penser au film Brokeback Mountain d’Ang Lee. Que pensez-vous de cette comparaison ?

Lorsque nous avons écrit Free Fall avec Karsten Dahlem, nous n’avions pas ce film en tête. S’il nous a influencés, ce fut de manière inconsciente – de la même façon que de nombreuses créations nous guident de manière subliminale lorsque nous créons quelque chose.

Mais notre film est un triangle amoureux ; la relation que Marc entretient avec sa femme joue un rôle aussi important que celle qu’il connaît avec Kay. Il est écartelé entre deux rôles incompatibles : sa vie bien rangée avec sa famille et ses sentiments naissants pour son collègue Kay. Par ailleurs, le film traite de manière ouverte et honnête la sexualité entre les deux hommes.

Quelles ont été les réactions des spectateurs et de la presse lors de la sortie de Free Fall en Allemagne ?

Le film a eu un accueil critique et public excellent et est toujours à l’affiche après 35 semaines d’exploitation. Pendant la promotion du film à travers l’Allemagne et dans les festivals de New York et Madrid, nous avons eu de longues et intenses discussions avec les spectateurs après les projections, ce qui prouve que l’homophobie est toujours un sujet d’actualité en 2014, dans notre société dite « libérale ». J’ai également pu dialoguer avec des policiers qui ont vu le film et qui l’ont beaucoup aimé. Ils m’ont dit avoir trouvé l’oeuvre très réaliste.

 

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